Conférence sur Guantánamo, le programme de torture américain : son développement et ses dommages

Publié le 12 février 2017 Mis à jour le 15 février 2017

Marion notre envoyée spéciale a assisté pour vous à une conférence organisée par l'UFR Droit et Sciences politiques sur la torture dans la prison de Guantanamo. Un sujet qui fait polémique, un centre de détention militaire hors du cadre juridique...Un article à lire du début à la fin.

Date(s)

le 27 janvier 2017

Qui n'a jamais entendu parler de Guantánamo Bay, cette célèbre prison américaine localisée sur le territoire cubain ? Ce centre de détention a fait couler beaucoup d'encre et a suscité de vifs débats quant à l'utilisation de techniques de tortures, notamment le « waterboarding » technique consistant à positionner une serviette sur la tête du prisonnier tout en lui versant de l'eau sur le visage, provoquant une sensation de noyade. Organisée par le « European Center for Constitutional and Human Rights » (EECHR), cette conférence a eu pour thématique le développement et les dommages engendrés par le programme de torture américain. Ce sont d'illustres figures qui se sont réunies au bâtiment F de l'Université Paris Nanterre, ce vendredi 27 janvier pour débattre de ce sujet sensible. Présentée par Andreas Schüller, membre de l'EECHR et expert en responsabilité et crimes internationaux, ce sont : Lawrence Wilkerson, ex-chef de cabinet de l'ancien secrétaire d’État Colin Powell, Mark Fallon ancien enquêteur dans la section américaine anti-terroriste (NCIS), Janis Karpinski ancienne commandante américaine en chef de la brigade de police militaire en Irak entre 2003 et 2005, Alya Hussain représentante des victimes de Guantánamo (CCR), Alberto Mora chercheur principal du centre Carr sur la politique des droits de l'Homme à Harvard Kennedy et ancien avocat général de la marine américaine qui étaient présents pour livrer leurs observations et témoigner de leurs expériences au cœur du phénomène Guantánamo.

Les intervenants sont revenus sur le contexte ayant conduit, selon eux, à l'usage de la torture. Il s'agit du 11 septembre 2001 et de cette image récurrente de deux avions s'écrasant dans les tours du World Trade Center causant la mort de milliers de citoyens américains. C'est dans l'optique de cette « Fear and Fury » (peur et fureur) comme l'a très justement soulevé M.Mora, que le gouvernement américain a choisi de prendre des mesures drastiques. La peur d'un second attentat, d'une seconde atteinte à l'intégrité américaine, à ses citoyens, a mené à l'usage d'un système de répression brutal, sévère, ne tolérant aucun laxisme. Il s'agissait avant tout d'empêcher la récidive, de dissuader les potentiels terroristes de conduire une seconde attaque sur le sol américain. C'est dans ce contexte délicat que le camp de Guantánamo a été créé en 2002. Réunissant à son apogée 788 prisonniers, aujourd'hui ils sont toujours 41, un nombre encore trop important selon Alya Hussain alors que 5 d'entre eux ont été totalement innocentés.
M.Fallon, riche de ses 30ans au cœur du NCIS, livre un point de vue différent, celui de l'opérateur, présent physiquement sur le terrain. Il estime que la perspective des opérations varie en fonction des sujets, qu'un politique ne percevait pas la réalité des opérations comme l'agent les menant à bien. Selon lui, cette distinction est fondamentale et permet d'expliquer en partie les dérives de tels ordres. M.Wilkerson rebondit sur cette affirmation et estime que le « bureaucratic struggle », le conflit entre l'Armée et la CIA, sur la meilleure façon d'obtenir des informations par le biais des interrogatoires, n'a fait qu'engendrer un usage de la torture exponentiel. Dès lors, Mme.Karpinski s'interroge : comment cet usage de la torture a pu rester totalement impuni ? N'est-ce pas une atteinte fondamentale aux droits de l'Homme, aux droits garantis par la Constitution américaine, qui devrait être sanctionnée sévèrement en raison de leur importance ? Le débat est lancé, les détenus semblent dépourvus de quelconques droits, n'ont aucune garantie quand à l'examen de leur cas par un tribunal et sont cependant retenus prisonniers dans des conditions extrêmement difficiles, victimes de méthodes de torture et d'humiliation, les éprouvant physiquement et mentalement et les marquant à jamais. Même les rares personnes ayant été libérées subiront les stigmates de ces dizaines d'années passées enfermés, isolés, loin de leurs proches et de tout ce qu'ils ont connu.
Un étudiant soulève une question d'actualité en reprenant une déclaration du nouveau président américain Donald Trump selon laquelle il envisagerait dans un futur proche, de restaurer l'usage de la torture. Les intervenants rebondissent en estimant qu'il serait catastrophique qu'un tel retour en arrière soit possible. Selon un sondage, 54-60% des citoyens américains seraient pour un recours à la torture si cela pouvait sauver des vies. Mme.Karpinski estime que l’interrogation aurait du être la suivante : « Seriez-vous pour l'usage de la torture si cela coûte une vie ? ».
Si Barack Obama s'était engagé lors de son élection à fermer Guantánamo Bay, tel n'a pas été le cas. Il a néanmoins contribué à faire libérer quelques deux cents personnes au cours de ces 8 années de mandat. Dès lors, la question semble loin d'être close et l'avenir est toujours plus incertain pour les 41 prisonniers restants.
Rédactrice : Marion Gelin

Mis à jour le 15 février 2017