Nanterre monte sur scène !

Publié le 29 novembre 2016 Mis à jour le 4 décembre 2016

Le Phare Ouest est allé interviewer Marlène Diot-Spitz, organisatrice du festival Nanterre Sur Seine!

Phare Ouest : Bonjour Marlène Dio-Spitz, vous êtes responsable administrative du service générale de l’action culturelle et de l’animation du campus (SGACAC). Mais vous vous occupez aussi de l’organisation du festival Nanterre Sur Scène, qui fête cette année sa 7ème édition. Nanterre Sur Scène, pour ceux qui ne connaissent pas encore, qu’est-ce que c’est ?

Marlène Diot-Spitz : C’est le festival étudiant des arts de la scène, qui a été initié par notre service en 2010, à l’occasion des 40 ans de l’université. Il y a eu un financement particulier pour faire une manifestation exceptionnelle et face au succès de cet évènement, il a été décidé d’en faire un rendez-vous récurrent.

Et du coup, il y a combien de compagnies en compétition ?

Il y a 8 compagnies en compétition, qui sont issues d’une sélection sur dossier et par le biais d’auditions sur le plateau. Il y a un véritable parcours en amont. Ces 8 compagnies sont issues de la France entière. Nanterre Sur Scène est un festival au rayonnement national et maintenant bien ancré dans le paysage des festivals des arts de la scène pour les compagnies étudiantes.

Elles sont évaluées par un jury constitué de professionnels de la scène…

Il y a des metteurs en scènes, des chorégraphes mais il y a aussi les professionnels qui mettent en avant les artistes. Cela peut être des directeurs de théâtre, chargés des relations publiques de théâtre ou bien encore du côté des organismes de subventions, comme le conseil départemental par exemple. On a donc tous types de protagonistes du spectacle vivant. On a à la fois de la création, les artistes, mais aussi ceux qui sont là financièrement pour les soutenir et les programmer.

Il y aussi deux autres prix, un décerné par le public mais aussi un autre par un jury composé de lycéens du lycée Joliot-Curry à Nanterre, ce qui est assez original. Derrière cette diversité des jurys, n’y a-t-il pas cette volonté de rapprocher professionnels et amateurs, acteurs et public, qui souvent ne sont pas amenés à dialoguer ?

C’est tout à fait ça. Nous avons cette volonté d’être un interlocuteur privilégié qui aide la communauté universitaire, mais aussi la population du territoire à accéder plus facilement à la culture. D’où l’idée de proposer au lycée Joliot-Curry, en particulier aux lycéens qui suivent l’option théâtre, de faire partie d'un jury. C’est une manière de les faire travailler et de les impliquer dans le festival. Leur avis est important, ce sont les spectacteurs de demain. Je pense que c’est très valorisant de participer à l’évaluation au même titre qu’un jury professionnel. Et surtout, on voit que le jury lycéen fait des choix très pointus, au-delà de l’image qu’on pourrait leur accorder. Il y a un véritable travail et positionnement de leur part. Et il y aussi le prix du public, qui est plus honorifique, mais qui montre à sa manière que chacun peut être acteur de ce festival.

La question de la professionnalisation, notamment au sein du monde universitaire, est un point sur lequel les étudiants sont très attentifs et parfois même, inquiets. Ce festival est-il aussi un message adressé aux étudiants intéressés par la scène, en leur disant : « Lancez-vous ! Il y a des débouchés dans le secteur culturel et artistique en France » ?

Je suis issue d’une filière "métiers du développement culturel", j’en ai fait ma profession et c’est vrai que malheureusement, c'est un secteur qui n’offre pas tant de débouchés, il faut un peu s’accrocher. Mais quand on est passionné, on arrive à trouver sa place dans le domaine. En tout cas, j’ai réussi à être là où j’avais envie d’être. Pour notre festival, au regard de la qualité des dossiers qu’on reçoit, la programmation est de plus en plus exigeante au fil des années. Donc aujourd’hui, nous nous adressons à des compagnies étudiantes, qui dans un, deux, trois ans maximum sont sur le marché du travail, dans ces métiers-là.

C’est une sorte de tremplin en fait….

C’est un tremplin parce que parfois ces compagnies n’ont jamais monté leur spectacle. C’est le cas de Mi Muñequita (un des spectacles proposés dans le festival) par exemple qui a été joué pour la première fois à Nanterre Sur Scène l’an dernier, et ont gagné le prix. C’est donc aussi un lieu pour créer, monter son premier spectacle car le plus difficile c’est de se trouver une scène, de se confronter à un public qui n’est pas juste la famille, les amis…Mais face à un public curieux de venir voir. On a quand même 1700 spectateurs sur l’édition 2015, il y a du monde ! C’est pour ces compagnies une véritable opportunité de se produire et puis sur Nanterre, on a quand même de très bons équipements. Notre festival, nous l’avons aussi imaginé comme un tremplin à la préprofessionnalisation, en proposant différents exercices pratiques aux compagnies. Cela va prendre la forme de TD où l'on confie aux étudiants en L2 Arts du spectacle plusieurs missions concrètes, c’est beaucoup de travail et les étudiants s’en sortent très bien. Il y a toute une série de tâches à penser; la communication, les affiches sur le campus ou encore comment vendre le spectacle. Au départ, ils voient ça comme quelque chose de très contraignant mais au final ils verront, après réflexion, que ça se passe comme ça dans le milieu. Notre but est de mettre les compagnies dans cette situation en les informant sur le fait qu’aujourd’hui il y a quand même un enjeu du public à fédérer dans une salle de spectacle. Pour les compagnies c’est un gros investissement. Participer à notre festival, c’est une adhésion totale à un certain cahier des charges. Au départ, cela leur semble beaucoup mais après elles se rendent comptent que ce n’est pas juste être programmé. Il y a aussi une très grosse implication du SGACAC et de nos partenaires.

Il existe à l’université une licence arts du spectacle, qui rencontre un fort succès. Quels sont les moyens que met l’Université à disposition des étudiants souhaitant créer leur troupe ou tout simplement faire une première expérience de la scène ?

Jusqu’au master même ! Arts du spectacle, c’est théâtre et cinéma. Pour les étudiants, il y a des infrastructures qui sont tout de même exceptionnelles pour l’université. Dédié à la pédagogie, il y a le théâtre, qui n’est pas seulement utilisé pour les représentations mais aussi pour l’enseignement. Ces espaces-là, le reste du temps, c’est le SGACAC qui les gère pour sa propre programmation, en lien ou non avec des artistes et structures du territoire. Parmi les infrastructures autres, il y a aussi l’espace Reverdy au Bâtiment L et également la Maison de l’Etudiant. Et là pour le coup, la MDE est réservée exclusivement à la création étudiante.

C’est-à-dire que si moi étudiant, je souhaite créer ma troupe par exemple, j’aurais l’Université pour m’apporter des contacts professionnels, des infrastructures pour pouvoir m’entrainer….

Exactement. Il y a beaucoup de personnes au service qui peuvent aider administrativement les compagnies en leur donnant des conseils pratiques sur comment monter son association, comment me faire connaitre… L’idée est que si j’ai un projet, je peux trouver des subventions au sein de la Commission d’Aide aux Projets Etudiants (CAPE). Il y a tout un accompagnement qui est prévu pour les étudiants qui veulent agir, qui ont des projets.

Plusieurs associations étudiantes à Nanterre sont en lien avec le monde du théâtre et du stand up, comme la LIPON par exemple ou encore Article X avec son festival de stand up Arti’show. Avez-vous prévu de travailler avec des associations de l’université pour des projets futurs ou peut-être que c’est déjà le cas ?

C’est vrai que pour le moment, on laisse les étudiants être plutôt moteurs de leurs projets. Par contre, il y a des rapprochements réguliers qui peuvent se faire. On a le concours Pix Pocket, un concours de photo qui existe depuis plusieurs années et mis en place par le service, et qui cette année aura un lien avec le festival Les Marmites Artistiques. C’est un festival étudiant mis en place par une filière. On a aussi comme projet de subventionner des étudiants qui veulent porter de la programmation cinéma. C’est quelque chose qui visiblement a beaucoup plus d’impact quand il est porté par des étudiants, qui arrivent à fédérer plus facilement. Cela fait plusieurs années que le cinéma peine à fonctionner, et pourtant on y met beaucoup d’énergie et de moyen. Donc là on essaye cette formule-là, on essaye de voir si éventuellement une collaboration étudiante peut faire décoller ce projet. Donc nous ne sommes pas du tout fermés ! On essaye toujours, par différents aspects, de travailler avec la population étudiante.

Propos recueillis par Gaétan Solana

Mis à jour le 04 décembre 2016